Un chemin en terre, Un chemin en tête

Un regard écologique du voyage

Le temps d’un voyage

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Le temps, cet inconnu familier qui déroule son fil étrangement.

 

Cette vidéo montre une version en accéléré d’une série comme peuvent la regarder certaines personnes pensant ainsi « gagner du temps ». J’ai découvert, avec incrédulité, ce « nouveau » phénomène dans un article de décembre de Rue89 ICI

Cela me semble assez symptomatique de notre époque où à force de vouloir à tout prix gagner du temps, on le perd : quel intérêt y a -t-il donc à regarder un film, si ce n’est pour se poser dans un fauteuil confortable et apprécier justement tranquillement un temps « suspendu », hors du quotidien ?

Cela me fait penser à la frénésie de consommation de nos sociétés, comme si certaines personnes avaient besoin de combler du vide (temporel ou spatial) à tout prix (mais à quel prix ?).

Je me souviens, d’une journée type à Lyon, où j’entends ma petite fille de 7 ans me dire : « vite Maman, on passe : le feu est vert pour les piétons » et parfois même s’exclamer contrariée : « Maman, on vient de rater le feu vert ! ». Ces mots étaient sans doute les miens, tellement intégrés par les enfants qu’ils le ressortent le plus naturellement qui soit. Sur un petit trajet de 10 minutes à pieds, je réussissais à « speeder » ma petite troupe pour nous rendre à l’école. Et je passe bien sûr les « dépêche-toi, on va être en retard à l’école » … Et oui, dès le matin de nombreuses familles françaises, il faut « se dépêcher » et courir.

Dans la page « à propos » de ce blog, j’ai commencé par inscrire un proverbe Cambodgien qui dit :

« Vous avez la montre mais nous avons le temps. »

Il me semble assez bien résumer l’état d’esprit dans lequel nous sommes partis en voyage. Il y avait cette envie de mettre sur « pause » notre vie lyonnaise qui semblait aller en s’accélérant toujours plus, s’écoulant entre nos mains impuissantes à la ralentir. Alors nous avons tout simplement décidé de faire un pas de côté, tous ensemble, en famille le temps d’un année.

J’aime beaucoup lire et j’ai assez hésité à acheter une liseuse avant mon départ. Mais j’ai été surprise les premiers mois par mon besoin simple de « rêver », de passer du temps dans mes pensées, à regarder le paysage lors des trajets en bus. Cela a duré quelques mois, avant que l’envie de lecture ne se fasse ressentir à nouveau. Comme si j’avais du « temps à rattraper » dans ce plaisir simple de rêvasser.

Lors de notre périple au Laos, j’ai remarqué sur les blogs combien il était fait mention de la « slow life » et combien c’était plaisant et reposant. Il me semble que c’est justement cette « slow life » qui est plébiscitée par beaucoup de voyageurs au Laos.

Aujourd’hui, nos sociétés ont tellement banni le « temps mort » que même le dernier bastion de ce temps inoccupé (en attendant un bus, les enfants à la sortie de l’école, durant un transport, etc.) a été rempli ces dernières années avec le smartphone. Je me demande quand même si ce n’est pas une des (nombreuses) raisons du malaise et du stress de nos sociétés modernes.

A côté de cette accélération de notre société, et même s’il est souvent bien difficile de résister à ce rouleau compresseur, il y a ce mouvement « slow » qui a l’air de faire de plus en plus d’adeptes : la slow food (en opposition au « fast food »), la slow life, etc. Il n’y a qu’à voir le nombre d’articles, de livres, sur le sujet (on peut aussi taper « slow life » sur un moteur de recherches). Le nombre de marcheurs et d’adeptes du vélo augmentent aussi et participent à ce mouvement-là de recherche de ralentissement.

Il semblerait bien que c’est lorsque l’on accepte de perdre du temps qu’on en « gagne » le plus, pour rêver, lire, penser, reprendre son fil de vie, rire, … vivre quoi !

Une suggestion d’écoute : le concert de Yann Tiersen à Nantes

Et pour aller plus loin :

Le dernier livre, La plénitude du vide de Trinh Xuan Thuan, un astrophysicien passionnant, auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation sur l’Univers et les questions philosophiques qu’il pose.

Un article de Courrier International avec un entretien de Carlo Petrini, fondateur de l’association italienne slow food, en 1986 ;

Un site français du mouvement « slow life »

Un article à lire autour du film « All the time in the World » qui a gagné 19 Awards. Le film raconte la vie d’une famille canadienne (les parents et leurs 3 enfants (ages 10, 8, and 4), qui décide de s’isoler 9 mois dans une cabane au fin fond du bush.

« One of my favorite parts was Crocker describing her mental shift from always saying, “Not right now” to her kids, to saying “Sure, let’s do it.”

C’est exactement ce que je ressens durant ce voyage : pouvoir dire à mes enfants : « oui, nous avons le temps, faisons-le ! » au lieu de « dépêche-toi, le feu va passer au rouge ! »

Olivia, article publié depuis Ayutthaya en Thaïlande le 13 mars 2017

7 Commentaires

  1. À l’heure où je te lis, je suis assise dans le tram, mon smartphone à la main. J’ai couru pour l’avoir ce tram car sinon je l’aurais attendu 7 minutes(finalement pas grand chose) allez! Lorsque je descendrai du tram, au lieu de tenter ma correspondance avec le bus, je flannerai à pieds sur les derniers 700 m qui me séparent de ma maison! Merci Olivia!

    • Merci Laure, pour ton commentaire qui me touche. C’est souvent difficile, je trouve, quand on a la « tête dans le guidon », de s’octroyer quelques moments, hors du temps et pourtant si précieux, volés au quotidien. Dans notre société, cela devient une forme de résistance au flux général qui, si on n’y prend garde, nous emporte presque malgré nous.

  2. Il est probable que tous tes lecteurs flâneront maintenant (encore) un peu plus maintenant Olivia 🙂

  3. Un coucou et merci pour ton article Olivia (incroyable cette histoire de gens qui regardent les vidéos en accéléré pour « gagner » du temps). Profitez bien de votre slow trip. Bises

  4. Ping : En route vers le « zéro déchet » 1/2 |

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