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Un regard écologique du voyage

Petite histoire d’un café bio au Laos

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Cette histoire se passe sur le plateau des Boloven, du nom de l’ethnie majoritaire qui y vit : les « Laven ». C’est une belle région, assez sauvage, d’environ 8000 km2, dont l’altitude moyenne est de 1000 mètres au dessus de la mer, située dans le sud du Laos, au carrefour des frontières de la Thaïlande, du Vietnam et du Cambodge et peuplée d’environ 120 000 habitants. C’est l’une des principales régions agricoles du pays ; on y cultive du riz, des fruits et des légumes. Mais le territoire possède aussi une bonne renommée grâce à son café, que les connaisseurs apprécient.

Nous nous sommes rendus sur le plateau des Boloven, fin décembre en scooter, en nous arrêtant au « kilomètre 40 » (depuis Paksé) dans une petite ferme familiale, puis à nouveau début janvier, avec un bus local depuis la ville de Paksé dans le village de Tad Lo.

La culture du café avait pourtant assez mal démarré. Son introduction est liée au protectorat français et est attribuée à Jean-Jacques Dauplay, commissaire du Gouvernement de 1904 à 1921. Les premiers essais (plants d’arabica) échouent et la « révolte des Boloven » (qui s’est plus ou moins poursuivie durant les 30 premières années du siècle dernier) n’aident pas à la mis en place d’une structuration agricole. Il faut attendre la fin des années 30, une fois les tensions politiques apaisées, pour que de nouveaux outils destinés aux paysans soient proposés avec la création d’une « ferme de colonisation des Boloven » et d’une coopérative. C’est de cette époque que date réellement la culture du café sur le plateau (entre 4000 et 10 000 ha de caféiers à la fin des années 30); elle est caractérisée (contrairement à sa voisine vietnamienne) par une forte implication des petits planteurs autochtones (Laven essentiellement) comme allochtones (Lao, Kinh amenés par les colons comme main-d’œuvre et auxiliaires administratifs). Avec peu de moyens financiers et une main-d’œuvre réticente à s’installer sur le plateau, à l’écart des grands axes de communications, la caféiculture du Sud Laos s’est peu développée.

Sous le double effet du gel des pieds d’arabica (dont une partie est progressivement remplacée par du robusta) et de la décolonisation, la culture du café diminue jusqu’à ne plus dépasser 400 ha en 1955. Viennent ensuite la période de guerre civile et les bombardements américains qui gèlent l’activité agricole et économique du plateau pendant deux décennies.

A la fin des années 70, le parti communiste essaye de mettre en place quelques coopératives de production et de commercialisation même si les champs collectifs ont depuis été scindés et repris par les villageois. Un développement de la culture dans les années 80 et 90 portent toutefois à 40 000 ha la production de café au début du millénaire.

Dans les années 90, parallèlement à la construction des barrages marquant une nouvelle étape dans l’exploitation des ressources du plateau, de nouveaux modèles de caféiculture émergent avec la promotion d’une caféiculture agro-industrielle rompant avec la traditionnelle caféiculture de robusta extensive et sans opérations culturales spécifiques (les arbres ne sont que rarement taillés…). Les bailleurs internationaux et leurs projets poussent les paysans à privilégier le Catimor (variété hybride de caféiers Cattura, souche arabica) au robusta, à remplacer les fertilisants naturels par ceux issus de l’industrie chimique, à préférer les plantations monoculturales à celles traditionnellement et majoritairement agroforestières, à optimiser l’entretien des arbustes ; mode de production intensif majoritaire sur le plateau vietnamien voisin.

Aujourd’hui, la culture du café sur la plateau des Boloven représente au total 70 000 hectares et 15 000 familles de producteurs, pour une production de 15 000 tonnes/an (à 95% de robusta).

Parallèlement à cette industrialisation de la culture du café, un autre modèle cherche à être valorisé ces dernières années (et à transformer ce qui pouvait être considéré comme un retard en atout) : celui d’une culture de qualité, biologique et issue du commerce équitable.

A ce titre, la « Coopérative des Producteurs de Café du Plateau des Boloven » (CPC) est vraiment intéressante. Elle a été créée en 2007, avec l’appui du gouvernement Lao et de l’Agence Française de Développement (AFD). Elle regroupe aujourd’hui environ 2000 familles possédant en moyenne 3 hectares de plantation et reparties dans 55 villages du plateau. Avec l’implantation de 40 centres collectifs de traitement par voie humide sur le plateau dès 2007/2008, puis une usine de préparation et de conditionnement pour l’export, ainsi qu’un laboratoire et une unité de torréfaction, la CPC maîtrise l’ensemble de la chaîne de production, de la plantation à la tasse. Le café de la CPC est certifié à la fois en commerce équitable et en agriculture biologique.

C’est au « kilomètre 40 » (depuis la ville de Paksé) que nous nous sommes arrêtés la première fois de notre venue aux Boloven. Nous avons bu un café et discuté avec la propriétaire du lieu, South, très sympathique.

Franco-laotienne, elle nous a expliqué que sa ferme faisait partie de la coopérative CPC et que toute sa production était certifiée en agriculture biologique et en commerce équitable. C’est Malongo qui achète toute sa production et envoie même des experts contrôler la qualité du café du plant à l’envoi pour le marché français.

Il y a deux ans, South a été interviewée par les « Citoyens en transition », voir la vidéo (5 minutes)  ICI

La pluie nous a surpris et tombait à verse; nous avons attendu un moment dans ce bel endroit en espérant qu’elle s’arrêterait mais comme l’après-midi avançait, nous avons préféré rentrer, avec nos scooters, sous des trombes d’eau, plutôt inhabituelles en cette saison « sèche » (plutôt que courir le risque de rentrer sous la pluie et dans la nuit).

Olivia, publié le 13 janvier 2017, depuis la Thaïlande

Pour aller plus loin :

Une vidéo de 3 minutes expliquant le processus du plant de café à la tasse : vidéo_café

Et un « C’est pas sorcier », très complet, sur le sujet (durée 25 mm) : C’est pas sorcier – café

Les sources utilisés pour rédiger cet article (outre les informations précieuses de South) : 

http://www.cpc-laos.org/homepage.html

https://www.cairn.info/revue-espace-geographique-2007-3-page-215.htm

http://www.afd.fr/home/pays/asie/geo-asie/laos/projets-laos/developper-la-filiere-cafe

http://www.ambafrance-laos.org/Le-cafe-recolte-transformation

http://lad.nafri.org.la/fulltext/1993-0.pdf

 

2 Commentaires

  1. Ah ça me rappelle notre café du matin tout ça
    merci pour cet article et ces belles photos (la dernière est émouvante)

    • Merci Béatrice, pour ton message,
      Moi aussi ça me rappelle le petit bonheur du café matinal partagé !
      Ici en Asie du sud-est, nous trouvons du bon café mais c’est du luxe; on l’oublie bien souvent dans notre quotidien…
      Des bises et des pensées,
      Olivia

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