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Un regard écologique du voyage

L’Inde et l’Écologie ; « Made in India » ! une autre vision

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Écrire un article sur l’écologie en Inde, quelle drôle d’idée alors que je n’y ai passé qu’un seul mois et que l’Inde est à elle seule presque un continent. Bon, mais tant pis, je m’y essaye quand même n’ayant pas l’illusion de brosser un portrait écologique « objectif » de cet immense pays.

Avant de venir, j’avais été emballée par la lecture du livre de Bénédicte Manier « Made in India » ; que je recommande évidemment à tous/tes les voyageurs/ses qui pensent que l’Inde, ce n’est « que » ce que l’on peut voir tous les jours dans ce pays, à savoir :

des montagnes de déchets à tous les coins de rue,

une atmosphère irrespirable en ville et même, oh tristesse, un ciel gris de pollution à plus de 2000 mètres d’altitude dans la petite ville de montagne Mussoorie où, malgré le ciel bleu (au-dessus) il a été impossible de voir la chaîne de l’Himalaya; je n’avais jamais vu ça en montagne : cette couleur de ciel propre aux grandes villes, les jours de pollution;

une pollution sonore incroyable en ville (tous les véhicules klaxonnent super fort et tout le temps);

et aussi cette misère humaine omniprésente, difficilement soutenable à certains moments.

Et en même temps, il y a ici des actions et des personnes profondément inspirantes. Nous avons rencontré la famille de Ramesh, un homme convaincu par le tourisme écologique depuis plus de 30 ans, qui possède deux maisons d’hôtes dans le Shekhawati (au nord du Rajasthan)

Son fils Rajesh nous a dit qu’au Rajasthan, les gens suspendaient de l’eau dans les arbres à l’attention des oiseaux quand les chaleurs de mai et juin peuvent être mortelles pour eux

Je connaissais depuis longtemps Vandana Shiva, une figure mondiale de l’écologie et de la préservation des semences paysannes (question qui va devenir de plus en plus importante avec le réchauffement climatique et la sécurité alimentaire des pays). Nous ne sommes pas passés très loin de son site, Navdania, mais il était compliqué de nous y rendre à ce moment là.

ou bien encore Sanjit « Bunker » Roy qui a créé le Barefoot College  dans un village du Rajasthan en 1972 pour former des analphabètes, et en particulier des femmes, à des technologies permettant l’accès à l’énergie solaire, l’eau, etc.

Et on pourrait citer tant de personnes mises en lumière dans le livre de Bénédicte Manier telles que Shubhendu Sharma (jeune auto-entrepreneur basé à Bangalore, qui a déjà planté plus de 60 000 arbres avec sa start-up écologique AFFOREST), Rajendra Singh (il a recréé des bassins appelés Johads qui retiennent l’eau de pluie et l’aident à s’infiltrer dans le sol au Rajasthan. C’est une zone reverdie de plus en plus gagnée par le désert et où les fermiers font maintenant 3 récoltes de légumes par an.), Shibu K Nair (écologiste convaincu initiateur de « vacances Zero waste » dans le Kerala à Kovalam), etc.

Il y aurait tant à dire aussi sur la protection des arbres dans ce pays, que ce soit avec le mouvement Chipco, le village de Piplantri qui plante des arbres à chaque naissance de filles, ou encore la communauté des Bishnoïs, etc. ; mais je réserve prochainement un article spécifique à ce sujet passionnant qu’est l’Arbre.

Plus généralement, on peut rappeler aussi que :

le pays compte plus de 1 milliard d’habitants (quand je vois encore les quantités de déchets que l’on retrouve dans nos parcs urbains, après plus de 30 ans d’éducation à la gestion des déchets, je me dis que notre pays qui ne compte guère plus de 60 millions d’habitants n’aurait de leçon à donner à personne) et même si les déchets sont apparents partout, même si l’Inde a clairement un problème avec cette question des déchets, rappelons quand même aux touristes critiques que les Indiens produisent beaucoup moins de déchets par habitant qu’un touriste (que ce soit en Inde ou chez lui).

En outre, beaucoup de pays occidentaux se débarrassent à bon compte de déchets dangereux dans les pays pauvres. Et « Si l’Inde recycle autant de déchets, c’est parce que l’Occident en produit beaucoup », précise Sunita Narain, directrice du Centre pour la science et l’environnement (CSE).

Notre mode de vie (vêtements, ordinateurs, smartphones changés tous les ans, etc.) est non seulement dépendant de pays tels que l’Inde pour ce qui est de la production (main d’œuvre sous payée nous permettant d’acquérir à moindre frais nos équipements modernes)  mais également pour ce qui est des déchets que l’on produit. Alors je suis quand même choquée de voir des touristes s’offusquer à bon compte de la « saleté » des pays traversés; je trouve cela particulièrement injuste.

L’Inde est un pays majoritairement végétarien, ce qui pour un peuple de plus d’un milliard de personnes a des répercussions importantes écologiques.

Dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat, l’Inde s’est engagée à utiliser 40% de son énergie en provenance de source non fossile d’ici 2030. Et New Delhi s’est lancée dans l’énergie solaire à grande vitesse.

Enfin, l’Inde est réputée pour son système « Débrouille », le fameux Jugaad, où comment avec peu de moyens, les Indiens inventent et innovent en permanence ; Bénédicte Manier lui consacre un chapitre entier dans son livre. Il y est ainsi question de réfrigérateurs sans électricité, de jambes de bois et caoutchouc low cost, ou encore de partage de données pour les paysans à l’aide de petits films visibles sur Internet.

même les chiens s’y mettent : une baignoire pour se rafraichir, ici à Nawalghar quand il fait plus de 45°C à l’ombre !

L’Inde est un pays impressionnant, à plus d’un titre. Ce n’est pas un endroit de tout repos c’est sûr, mais ce pays possède une énergie incroyable. En écologie, comme pour le reste, on a l’impression d’y côtoyer le pire comme le meilleur. Cela restera certainement un moment marquant de notre voyage en tous cas.

Olivia, publié le 14 mai depuis Tirana en Albanie

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